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Archive for the ‘bavard’ Category

Dix-huit

Lundi, février 7th, 2011

Nous sommes sur sa terrasse, tous les trois. Elle a ressorti l’histoire de son répondeur, sur lequel elle enregistre sur des petites cassettes tous ses messages. Depuis 1996. Tous ont attéri là puisqu’elle a jamais voulu de portable. Des dizaines d’heures. La dernière fois qu’on avait joué avec le petit dictaphone c’était tout à fait étrange et rigolo d’entendre nos voix sortir du passé comme ça. Des chansons, des rencards, des blagues, et surtout, des “on se retrouve au café”, en face du campus. Il y a des drames, les larmes, et les blagues. Rien que la compilation des messages d’anniversaires est sublime. Celle des faux anniversaires aussi. Nos voix sont claires. Comme si on avait mué y’a pas si longtemps. C’est drôle. Il y a tout les “t’es là? décroche”. Y’a Louise Attaque et Mathieu Boogaerts et son ondulé, y’a tout ceux qui ont disparu avec le temps, ceux qui se sont mariés, celui qui est devenu con, ceux qu’on avait oubliés, celle dont on ne préfère pas parler, ceux qu’on ne reconnait pas, ceux qui nous manquent. Il y a son ex et ses menaces, sa mère, je suis sûr que si on cherchait un peu on trouverait certainement tous nos parents dessus, lorsqu’ils nous cherchaient. Y’a tous les imbroglios autour des tam-tam, des je-te-rappelle, de la vie d’avant les portables.

Aujourd’hui, on est là tous les trois, avec M et L. Il fait bon et on fume une cafetière. Il ne manque que les princes. On raconte nos vie par petits bouts, comme toujours, en repartant de là où on s’était arrêté la fois d’avant, comme dans le fil d’une conversation qui n’a pas besoin des ponctuations. On se connait si bien, on s’aime et on a pas besoin de se le dire. Il lève les yeux, et balance “tu te rends compte que ça fait dix-huit ans qu’on est amis, mec?” Rho ouais, non, je me rendais pas compte. Dis-donc.

Ma parole

Lundi, décembre 28th, 2009

C’est vraiment n’importe quoi. La grosse boite de bretzels ronds et du coca light. La viande des grisons et de la limonade. Je crois qu’il me manque des légumes, des clémentines. Ces choses qui ont poussé dans la terre. Ou du fromage. Et puis c’est tellement plus joyeux de manger du chaud en hiver. La semaine dernière  j’ai encore vu des gens se bousculer pour récupérer les invendus juste périmés dans les poubelles du supermarché. Je me demande s’ils vont solder les trucs chers après les fêtes. Les crevettes, le raisin Muscat, le magret de canard.
Ma résolution: fumer.

Dans la foule

Lundi, octobre 5th, 2009

pluie(Dura Lex, Brigitte Fontaine)

Ce matin, en allant chez le dentiste j’ai préféré marcher sous la pluie, me mouiller les chaussures, oublier mon parapluie mais finalement non dans un café à Saint-Michel. J’avais besoin d’avoir un peu de ce semblant d’hiver qui arrive et sentir la saison qui change, le froid. J’ai l’impression d’avoir fait tomber certains de mes barreaux. Ce sont bien les miens. Ce serait trop facile de voir l’enfer dans les autres quand ce sont tes tourbillons qui t’amputent. Ce matin, j’avais retrouvé comme une certitude de ne pas me tromper, de mieux comprendre pourquoi certaines choses vont mieux. Ou iront mieux. Ou commencent à aller mieux. Je sais pas exactement, comme si ce doute qui ronge et qui bouffe avait pour une fois un peu moins de prise. Avec le sentiment de construire, c’est fragile mais c’est la bonne route, et c’est plutôt bien.

Ne pas avoir à prouver, juste essayer de se sentir plus libre, et être sincère. Des trucs simples, et tant pis si la norme trouve ça con. Il y a toujours un couperet qui te trouvera idiot, à côté, marginal, étrange, trop vieux ou trop jeune, pas assez pédé, trop intello ou trop gauchiste ou trop con. Trop trop. “Pas les bons codes, pas les bons amis, pas les bonnes chaussures”. Je m’en fous. Vraiment. Comme jamais. L’essentiel c’est ailleurs. Sous la pluie, j’avais froid et les chaussures pleines d’eau, et en même temps j’étais soulagé. Il y a un tas de choses glaçantes, mais aussi le reste. J’avais envie de retourner à Berlin en fin d’après-midi, sous la nuit qui tombe à 17 heures, et de boire du Glühwein. Mais j’étais à Paris sous la pluie, et c’était bien quand même. Parce que je trouve qu’on est beaucoup mieux quand on se tient droit. En tout cas c’est comme ça que j’arrive à donner la main.

Grippe Abba.

Samedi, septembre 19th, 2009

J’ai jamais eu une maladie aussi grave et aussi nulle. C’est grave parce que tout le monde a peur, la terre tremble, impossible de faire une sieste sans que le téléphone sonne d’une inquiétude moqueuse. On se gausse un peu. Même mon père y est allé de ses recommandations, lui qui ne me recommande jamais rien à part d’arrêter de fumer. “Mange des carottes, et du jaune d’oeuf mélangé à du rhum”. J’ai voulu changer mon annonce de répondeur pour dire de me laisser tranquille, que j’étais mort, mais j’ai finalement pas osé. Déjà, hier matin, avant le “diagnostic-vous-avez-la-grippe”, quand je suis arrivé chez mon médecin c’était de la science-fiction. Il a fallu que je m’hydroalcoolise les mains avec leur jus bleu qui pue et que je me mette un masque. Le médecin, qui représente le savoir et la science, a lui un grand masque en forme de bec de canard. “Pour ne pas le changer à chaque fois”. Moi j’ai eu droit à ceux dit “de chirurgie”, censément distribué gratuitement à la pharmacie avec mon ordonnance, mais finalement non, c’est dix euros les 80 masques. Mais au moins, quand tu dis pourquoi tu viens, tu es vite servi et tout le monde se pousse sur ton passage.

C’est vraiment une maladie nulle, d’abord parce que c’est une grippe presque décevante. Quarante-huit heures après les premiers symptômes, c’est plié, c’est presque parti. Une claque la première nuit, un petit 38 hier matin, un tout petit petit 38 ce matin, et puis là ce soir, c’est fini, trente-sept tout rond pile poil. Et maintenant, je fais quoi? Je reste en quarantaine? Je meurs déjà d’ennui, j’ai plus envie de lire, de regarder des bêtises à la télé, ma chambre est devenue un cendrier géant. J’ai mal à la tête à force de rien faire et de rester au lit tout le temps. Pire, va savoir, c’était peut-être même pas la bonne grippe. J’ai pas envie de me faire chier une semaine sans voir personne pour une grippe de catégorie B. Je devrais vérifier les pouvoirs de ma salive en sacrifiant mon colocataire. Lui il a peur.

Ce soir, je loupe deux soirées. Plus le reste. C’était mon premier week-end de congé à Paris depuis mon retour d’Afrique en juillet. C’est tout à fait déprimant. Demain j’arrête tout ça, je retourne au bureau, même si c’est dimanche (et même si mon bureau est au bout du couloir, près de ma chambre).

Et puis pour apprendre des vraies choses sur la grippe, allez chez Winkler.

Ça sent le sapin

Vendredi, septembre 18th, 2009

BeFunky-20

C’est à la mode, j’en suis, depuis hier soir. Tout le monde me craint avec ma grippe porcine. J’ai des super pouvoirs qui terrorisent. On me craint, je suis malade, j’ai la peste. Un atchoum et je ferme une école. Un crachat dans ta bouche et tu meurs. Ce qui déprimant c’est de rester enfermé quelques jours. Jusqu’ici tout va bien. La fièvre baisse, les courbature tirent, c’est une grippette. J’espère quand même que c’est la A, comme ça, ce sera fait.

La peau et les os

Mardi, août 25th, 2009

Parfois, je ne sais plus. Un monde normalisé, avec une routine invivable, la vie qui s’emballe, qui brûle, la peur même de parler, une envie idiote de fuir et tout laisser en plan. Vouloir changer un tas de choses. Là, ce soir, c’est bien. Une échappée de quelques jours dans un trou paumé sans réseau téléphonique, un internet qui grésille, une vieille maison au milieu du vert et du soleil. Le rêve petit-bourgeois du citadin drogué. Finalement, ça marche. Avec les vieux amis, ceux avec qui on a fait des bêtises avant, quand on croyait vivre en grand, on était presque des enfants. J’ai fait un tas de choses avec eux, des chouettes, insignifiantes et importantes, des impasses aussi, mais elles nous ont construit. Nous sommes encore là. Il y a ceux qui manquent, on y pense. Des moments cons, justes et vrais. Faire la vaisselle, faire le feu. Ne rien faire. Pas besoin de se dire grand-chose, même si on raconte. Il y a le plaisir d’être ensemble, de se regarder, de se toucher, de picoler, de lire, de glander. D’écouter Billy Holiday. De rattraper les vieux numéros du Monde Diplomatique en se moquant de Luc Ferry et ses croisières philosophiques. On rit. On ne peut pas se voir souvent, mais ça suffit. Tout juste on pense aux soucis de correspondance sncf pour retourner dans la vraie vie parce que la campagne sans tgv c’est compliqué. Demain pour elle, vendredi pour lui. Moi je partirais un peu, mais je reviens jeudi. D’autres amis arrivent la semaine prochaine. C’est une petite période magique. Pas besoin d’aller au bout du monde pour être en vacances. Il y a un an, presque jour pour jour, j’arpentais la vallée de la mort aux Etats-Unis pour le boulot, Tucson, Denver et blablabla, et finalement c’est ici, en Farfouille-les-Cancoillotte que je me sens au bout du monde, dans un cul-de-sac juste à côté. J’oublie un temps. Je sais que je ne suis pas le seul à déposer les armes ici, et c’est bien comme ça. On ne règle rien, mais c’est bien. Presque. Sans crampes, sans me tourner le doigt dans le trou du cul de la tête, sans insomnies, sans mon nombril, sans cauchemars. Ici et maintenant. Il manque juste la mer. Courir ou pas. Faire la sieste ou pas. Faire du sport. Aller au lac ou pas. La foret ou le jardin. Haricots ou courgettes. Allumer le sauna ou jouer à la pétanque. Mais comme on a le temps, on fait tout. Oublier le monde. Ou pas. Je pense à lui. À lui aussi. Envoyer une carte à Mamie. Je ne sais pas si tout ça sert vraiment à grand chose. Éteindre son cerveau. Ça va pas fort, mais je baisse les bras, gentiment, quelques jours, quelques heures encore. Ne plus avoir peur. J’ai un peu de chance. Etre loin.

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Rhododendrons

Mardi, août 18th, 2009

C’est idiot, mais maintenant que j’ai épuisé presque tous les Columbo de la première époque, je peux pas m’empêcher de penser que ce serait marrant de le suivre pour toutes les enquêtes qu’il a du foirer. Parce que même si ça fait toujours plaisir de le voir se moucher dans nappes de la haute société avant de lancer sa fumeuse mais finalement vérité vraie, il a quand même dû se planter souvent. Je le soupçonne même en fait de connaître l’intrigue à l’avance, parce là, dans “Rançon pour un homme mort”, il faut pas pousser, je me demande comment il a pu commencer à penser que c’était la veuve la coupable. Miss Fletcher d’Arabesque c’est pire encore. Il faudrait la coffrer, vu le nombre de morts violentes en sa présence. Méfions-nous des héros policiers. De ceux qui les admirent aussi, surtout s’ils portent des vestes en cuir dans des décors sombres accompagnés d’un air de piano entêtant.

J’attends avec impatience mon prochain stage de sensibilisation à la série télé. C’est pour bientôt. Parce qu’à part Skins et Rome, je crois pas avoir pratiqué correctement les affaires contemporaines. Même Absolutely Fabulous, on m’a gentiment mis devant il y a pas très longtemps. Par contre, je maîtrise grave “Médecins de nuit”. Ou Derrick. Ou Ein Fall für zwei. C’est presque poétique. Les Allemands sont les plus forts, c’est vert et lent comme un costume de flic berlinois. Souvent, c’est diffusé à l’heure de la sieste. J’ai même posé ma voix pour quelques épisodes de Soko 5113 qui avaient jamais été doublés en français. Toujours des petits rôles des jeunes lycéens écervelés. Dans un des épisodes, j’ai même été l’assassin. Théo Renner, à la fin, il m’arrête. Es war lustig.

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Les petites portes

Dimanche, juillet 26th, 2009

Je sens souvent comme un imposteur. Dans tous les boulots que j’ai fait. Quand j’étais barman, quand j’étais moniteur de voile. Quand j’étais standardiste. Quand j’étais ouvreur et que pendant les pièces je bouquinais caché dans les couloirs du théâtre. Quand le contrôleur du train passe, je suis déjà coupable. Si un courrier recommandé arrive, je cours à la poste, tout inquiet imaginant le pire. Quand le sort me choisit pour une bonne nouvelle, je pense à une erreur. Même quand j’ai eu mon bac, j’ai eu l’impression de ne pas l’avoir vraiment mérité. Que ça n’allait pas tenir.

Mes parents – pour mon frère et moi mais moins pour ma petite soeur – ont toujours voulu qu’on se débrouille. Qu’on gagne nos sous, qu’on se paie nos apparts, nos affaires, nos sorties. Parfois, ils comblaient des petits trous à la banque, ou nous accompagnaient remplir un caddie à Auchan quand on faisait trop pitié. Ils ne nous laissaient pas mourir, mais si on voulait partir de la maison, hé ben c’était “débrouille-toi”. Si on voulait fumer, sortir, tout ça, vivre comme un grand, “débrouille-toi”. Je me suis débrouillé. J’étais content parce que ça marchait plutôt bien. J’ai eu de la chance. L’autonomie a tout de suite senti bon le vent de la liberté. J’ai planté nonchalamment mes deux premières années d’histoire et mes petits boulots ont finalement remplacé les études. Entre les trucs alimentaires et les piges dans la presse quotidienne régionale, j’ai tricoté un peu, et finalement, ça a fonctionné. Le plus drôle, c’est que tout a vraiment commencé en achetant, sous les conseils d’une copine avec qui je déjeune demain, le “guide de la pige”. J’ai suivi à la lettre le chapitre “proposer un papier” et ça a marché. C’était un article sur les sans-papiers. Il y a dix ans, jamais je n’aurais pensé être là où j’en suis maintenant. Rien que d’imaginer être parisien, ça me faisait couiner, alors le reste… Je regardais les résumés de Télé-Dimanche avec fascination. Aujourd’hui c’est complètement démystifié, j’ai vu, goûté, et je suis passé à d’autres choses. De près, le flux, c’est beaucoup moins rigolo et intéressant. Mon parcours est tout sauf académique. J’ai l’impression d’avoir triché. Alors, à chaque fois qu’un nouveau projet débute, comme en ce moment, je me dis ce sera le dernier. Qu’après, certainement, il faudra trouver un autre boulot, parce que quand même, ils vont bien se rendre compte, que ça serait trop facile…

Ça fait huit ans que peu ou prou je suis dans le même bidule, et malgré tout mes oripeaux je continue à avancer, petit à petit. Toujours avec le sentiment lancinant de ne pas être légitime. Toutes ces années m’ont surtout donné des compétences techniques, mais je garde la même fébrilité sur le fond. Du bricolage artisanal là où il faudrait avoir de la créativité. Et vraiment, c’est laborieux. J’ai eu des petits succès -quand j’ai eu un T dans Télérama je suis resté en lévitations quelques jours, la vendeuse de la maison de la presse de Noirmoutier s’en souvient peut-être encore- mais j’ai toujours peur de la confiance qu’on me donne. Peur de faire du moyen, du passable, du mauvais, du nul. Je suis pas né avec la cuiller d’argent dans bouche, tout ça, mais j’ai eu de la chance. J’ai rencontré les bonnes personnes au bon moment. Je suis rentré par des petites portes, en grattant proprement à l’entrée. Et puis je me suis fabriqué au contact d’autres. On m’a fait avancer. On m’a appris. Aujourd’hui, comme toujours, j’ai peur de décevoir. De les décevoir. Et c’est épuisant de se sentir toujours sur la brèche. J’en discutais cet après-midi avec ma collègue, ma jambe droite, celle qui mange des salades de fleurs, et elle me disait ressentir la même chose. Nous sommes des imposteurs. Elle dit que “c’est ce qui nous fait garder les yeux ouverts”, ce qui nous protège de l’aigreur. Se retourner, un peu, pour voir le chemin parcouru, mais surtout rester concentré sur aujourd’hui, maintenant, tout de suite, là. Je suis là.