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Archive for the ‘casseroles’ Category

La ravachole

Vendredi, janvier 22nd, 2010

Je suis enfermé dans une camisole de petit bourgeois, blanc, parisien, pédé. Plusieurs fois j’ai cru y échapper en changeant les couleurs, les murs, en changeant de ville, en perdant trente kilos, en partant filmer la vie à l’autre bout du monde, en travaillant pour des trucs à paillettes. Je pensais même que réussir professionnellement allait tout régler. En essayant de faire le beau finalement je n’ai poli que l’enveloppe. C’est vain parce que je ne respecte rien, même moi je me méprise, j’oublie ce qui me fonde et ce en quoi je crois. Je suis capable de mégoter sur l’essentiel et passer des jours entiers à cultiver le futile. A faire briller mes casseroles pour me plaindre sur ma vie sans imaginer qu’il suffirait de les balancer bien fort au loin et m’en foutre. Personne ne m’en empêche. Avec elles jeter toute la morale, les normes, les interdits, les prisons. Le fric. Toutes mes peurs. Je me sens enfermé comme Jeanne dans La Cérémonie de Chabrol, porteur de petits secrets que je ne règle jamais et qui finalement deviennent une boucherie. Sauf que moi je ne suis pas Jeanne, je ne veux abattre personne, je ne voulais pas du fusil. Je vois que ça penche, que je suis devenu tout ce que je ne voulais pas être, je poursuis trucs sans jamais les atteindre parce que dès que j’y touche le mirage disparaît. Il s’agit pas de conquête ou de domination, de possession, c’est juste une fuite lâche pour ne pas affronter l’essentiel. C’est trop souvent la panique qui me fait bouger. Je voulais fabriquer, créer, partager, aimer, pas mouliner sans me retourner. Je voudrais retourner me cogner aux flics des occupations des intermittents et des mal-logés. Pas pour le frisson mais pour être là où ça se passe, là où le rapport de force se crée, être dans la vie. Arrêter de dépenser des fortunes chez La prairie. Profiter de la chance que j’ai. Parce que putain j’en ai. L’urgence c’est pas le temps qui reste mais c’est celui qui passe et qui est déjà perdu, du gâchis, de la souffrance, et surtout pas que la mienne. Je sais que j’ai fait du mal en louvoyant. J’ai mis des années à casser ma vie hétéronomée avant d’assumer d’aimer aussi la bite, c’était nouveau, c’était bien, mais finalement j’en ai fait la branlette de mes fantasmes, de ce que je serais, de ce que je pourrais être, de ce que je pourrais avoir, c’est le piège mortel. C’est pas moi. J’ai brûlé et abimé des liens importants qui sont aussi fragiles. Grandir, vieillir, assumer qui je suis, mes trente ans, construire. Le faire sincèrement, entièrement, sans préjuger de demain, vivre là, tout de suite. Je viens de parler à ma grand mère, avec ses 97 ans, qui a retrouvé un peu de lucidité. Elle m’a raconté en pleurant sa vie qui se termine, sa maison qu’elle n’a plus, toutes ces choses qu’elle ne peut plus faire, de ses poules, de son Italie, de la rivière qui coule en bas de la maison de retraite et dans laquelle elle a envie de se jeter. Elle a le droit de pleurer et de désespérer parce qu’être très vieux c’est vraiment très dur. Moi je veux ravaler mes larmes, elles sont connes. Janvier sonne comme un tournant, ou je m’affronte ou je sombre. J’ai décidé de me tenir droit, et je suis debout, je suis là. Et tant pis si je prends des claques, j’en ai mérité plein dans la distribution. Je vais rattraper les erreurs. Je vais essayer de réparer. Demander pardon. Etre à la hauteur. Nique la France. Allons baiser. Et s’il est encore temps, surtout, tout le reste avec.

Happy Holidays

Mercredi, janvier 20th, 2010

Le monde que j’idéalise n’existe pas. Et je ne suis même pas dans mon fantasme. Je sais pas comment ils font pour connaitre autant de trucs dont j’ai jamais entendu parler, ça a l’air tellement captivant. Trop jeune, pas assez vieux, pas assez érudit, idiot, trop cérébral, trop gros, trop maigre, trop con, trop gauchiste, trop riche, trop fauché, trop petit-bourgeois, autiste, égoïste, égocentrique, sans coeur, un garçon facile, pas dans le bon casting, et en plus qui doit aller se faire une gymnastique des yeux. Je vais faire comme je peux ce sera bien comme ça. Avoir confiance en quoi on croit, en qui on est. Même si j’ai du mal à me défendre dans le zoo, je me retourne un peu en disant que ça va, j’aime plus que je déteste, je rêve plus que je cauchemarde, je bronze plus que mes coups de soleil. J’ai pas tourné comme une vieille soupe. Je suis pas aigri, je me déteste pas en faisant semblant que je déteste le monde, je crois pas en dieu, juste en moi, en toi, en lui, en ça, nous, les autres et même dans le chat. Et les cons non. J’enfile les perles, je fabrique des trucs et je me sens moins seul. C’est même pas un miracle.
Bah c’est vrai, je suis un garçon facile. A ramasser. Pas une pute, non, ça serait très bien bien, pute, j’en ai rencontré plein pour un sujet pour canal, elles sont très sympas.

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Honte de rien

Lundi, décembre 7th, 2009

Hier, il est passé me déposer des chocolats.

L’oreille en coin

Mardi, septembre 8th, 2009

J’ai zozotté jusqu’à l’âge de dix ans. Du vrai petit zozo sur les che et les je. Et les s. Tout le monde trouvait ça charmant, moi ça me minait. Je ne sais plus quel âge j’avais exactement mais je me souviens du jour ou je me suis rendu compte que je ne parlais pas comme tout le monde. J’en ai voulu à la terre entière de ne pas me l’avoir dit plus tôt. Je jouais souvent à m’enregistrer avec mon frère sur un magnétophone, on faisait des fausses émissions de radio et des sketches, et entendre le son de ma voix était insupportable. J’enviais le doux déroulé de ses consonnes schsch. Je me rappelle écoutant à table toute ma famille parler, guettant même les premiers babillages de ma petite soeur. Je trouvais ça injuste d’être le seul à schsscher. Aujourd’hui mes parents s’en rappellent à peine. Mais moi je me souviens de tout.
Et puis un jour, sans y penser, je me suis rendu compte que c’était parti. Envolé le petit chschs. J’ai des souvenirs de phrases inventées avec plein de consonnes difficiles à prononcer que je répétais en boucle, de plus en plus vite, pour bien placer ma langue. Je me suis peut-être auto-orthophonisté. Ou ma langue a grandi. Et là je me suis dit, “ouais, classe, maintenant tu pourras travailler à l’oreille en coin sur France inter”.
Depuis, je suis super bon en langue. Moins en linguistique.

Le sel

Mardi, juin 9th, 2009

Le bretzel est mon ami. Depuis toujours, j’en mange de toute sorte. Des secs en boite ancel, boehli, des frais -on en trouve aussi à Paris- des mous, des durs, de tout. Ils sont un peu comme la pizza: mêmes mauvais, ils sont bons. Dans la pizza, c’est le gras qui donne le goût. Dans le bretzel, c’est le sel. Il faut qu’il y en ait trop, et là c’est bien. Ça me rappelle même pas mes origines germaniques, c’est tout sauf nostalgique, c’est bon ici et maintenant.

Le souci, c’est que pour la salubrité publique, une réglementation européenne met en place une nouvelle norme, un gramme de sel par kilo, alors que le bretzel peut en nécessiter quinze. Ce qui est une bonne idée pour le pain va tuer le bretzel. Je ne sais pas quand tout ça entrera en vigueur, mais j’ai remarqué que déjà les boites du supermarché sont presque dépourvues de sel. En tout cas bien moins qu’avant. C’est le coup de la norme. Le bien commun décidé par une réglementation qui nie la spécificité. La bretzel-compliance sans sel ça n’a aucun intérêt. C’est fade, c’est nul. Les normes me tuent. La morale, les valeurs communes. Tu parles. Être rentable, être en forme, être efficace. Ne pas manger trop salé. Être de bonne humeur. Et sans bretzel salé. Sois propre et va voter, pour la nouvelle star ou pour Cohn-Bendit, peu importe. Surtout, ne sors pas du rang.

J’aimerais m’accepter comme un bretzel trop salé, et vivre bien avec. M’en foutre, puisque c’est moi, et que ça, ça ne se négocie pas. Il faut que je tue mes normes, mes habitudes, mes scléroses. Ma routine. J’ai laissé pendant des années mes choses sensibles en plan parce que je ne voulais plus souffrir. Je me suis beaucoup intéressé à ma réussite professionnelle, parce que je voulais être indépendant et à l’abri. Et puis mes petits succès donnent l’illusion d’exister un peu. Mais cette quête-là, en fait, elle ne finit jamais. Je suis passé hier dans les bureaux de la firme pour laquelle je bosse souvent, et j’ai senti encore à quel point toutes ces réussites sont fragiles. Et qu’elles ne me remplissent pas. Longtemps, je l’ai cru. Parce que je progressais. Parce que c’est passionnant. Mais ça n’est pas suffisant. Le reste, c’est tout le reste qui me manque. La vie est ailleurs. Je ne sais pas où je vais, mais en ce moment, je comprends des choses. Un peu comme dans l’ivresse, j’ai l’impression d’avoir une clairvoyance tout en étant sonné, et d’être à un croisement. Tout à l’heure, j’ai reçu un joli message de félicitations de ma tante. Elle a rajouté avant sa signature qu’elle m’aimait. Je ne crois pas qu’elle ne me l’ait jamais dit, même si on s’aime beaucoup dans ma famille. Je ne sais pas si mes amis le sentent, mais plusieurs me l’ont dit ces dernières semaines. Hier soir encore.

J’ai tellement l’esprit occupé que je n’ai rien vu des élections. C’est une première. Je ne veux pas cracher sur le parlement européen, quoi que quand je vois sa couleur bleue libérale, il faudrait. De toute façon, je me suis loupé dimanche, je ne suis pas allé voter. J’avais un train qui m’embarquait bosser en province tôt dans la matinée. Le soir encore, au moment où ça devait caqueter sur les plateaux, j’avais l’esprit pris. Nous avons terminé à la campagne, à gouter du bon vin. Un moment, mon grand chef est arrivé et a donné les résultats. Et puis mes hôtes ont continué à discuter des problèmes d’eau dans le village: pendant quatre jours, les habitations situées en haut de la colline ont été coupées. Et le maire qui n’a rien fait, la préfecture absente pendant tout ce temps. J’aime bien passer chez eux, il y comme une légèreté, du calme, des discussions apaisées, même quand ils s’engueulent. La fois d’avant, ils avaient fait du pâté d’orties. Là il y avait du feu dans la cheminée parce que finalement il faisait un peu froid. On a mangé du canard et de la mousse au chocolat. Dommage, cette fois-ci je ne suis pas resté dormir dans leur belle maison en pierre.

Dans les prochains jours, j’espère que l’audimat sera bon. Qu’au moins, cette partie-là tienne. Et pour le reste, je veux changer. En mieux.


Pour l’ambiance, Keen Hawaii, Icke und Er, avec leur accent berlinois qui cliquette.
(Je n’ai pas besoin d’aller à Hawaï, je me plait ici)

par FourMusic

Adipo

Samedi, mai 23rd, 2009

J’ai fait une découverte étonnante: la salle de sport. C’est le dresseur de pigeon qui m’a fait passer le pas. Il va encore dire que je fais tout comme lui, mais c’est faux. C’est juste que sans ses conseils avisés, je crois pas que j’aurais dépensé un bras pour m’abonner. J’en ai déjà fréquenté quelques-unes, en touriste, ça m’avait déjà beaucoup plu. Maintenant que je suis inscrit, j’essaye de passer tous les jours, pendant la petite pause de midi. Pour l’instant, je m’y tiens, sans m’épuiser ni me brûler, et c’est très marrant.

C’est tout à fait décadent de voir tout ce monde faire du sur-place sur des instruments de torture. Absurde. Idiot. Surtout le tapis roulant, vu le beau temps du printemps, aller s’enfermer tous ensemble devant des écrans de télévision… Mais l’essentiel est ailleurs: c’est un truc de flemmard. La machine pour travailler les abdos représente tout ça: si je veux en faire chez moi, je peux, mais ça me fait mal partout. Sur le cruch-truc, tu te fais mal, mais juste en travaillant ta petite ceinture, sans t’exploser le dos ou les lombaires. C’est comme ça pour tous les exercices.

Le cirque des autres pratiquants est aussi rigolo. Les exercices d’endurances sont fréquentés pas des gens normaux, qui pédalent-courent-éllypsent en transpirant. La musculation c’est autre chose. C’est le royaume du “je-me-regarde” dans les miroirs quand je bande mes muscles. Il y en des très amusants qui prennent des pauses incroyables tout en muscles. De vraies leçons d’anatomie. Au début, c’est un peu effrayant, mais même les pitbulls sont gentils. Le sauna et le hammam sont remplis de copines plus ou moins fraiches, mais ça reste supportable.

Je suis un ancien gros. A une époque, j’ai pesé cent kilos. Ceux qui me connaissent depuis longtemps savent. Avec trente kilos en moins, aujourd’hui, les autres souvent ne me croient pas. Le gras a disparu, mais les traces sont encore dans mon esprit. Quand tu as été gros, tu restes avec tes stigmates dans la tête, même si ton corps ne s’en souvient plus. Un jour, j’ai découvert qu’on pouvait agir sur son enveloppe, et tout a découlé de ça. Le sport, l’arrêt de la clope (bon, la reprise aussi), manger mieux, s’aimer mieux. Je ne faisais pas ça pour la norme, mais je ne pouvais plus supporter de voir mon corps dépérir. Physiquement, j’avais du mal à faire certains efforts, je devenais vieux. Personne ne m’a renvoyé d’image de sale gros, mais je ne m’aimais plus. Je me suis réconcilié avec mon corps, lentement, mois après mois. Sans régime et sans trop de souffrance, juste en changeant des petites choses essentielles, j’ai remis un peu tout en ordre. En voyant mon corps comme un allié, et non plus un autre moi-même ou juste une enveloppe. Ce n’était pas moi, je ne me reconnaissais pas. Je n’avais pas comme objectif de devenir mince, je voulais juste aller mieux. Je ne donne aucune leçon à personne, les standards, la norme, je m’en fiche. La course à pied a été ma plus formidable alliée. Si on m’avait dit ça avant, j’aurais ri. Maintenant, je veux être musclé. J’en ai, des muscles, mais peu. Ils arrivent, ils poussent, ils sont là.

Qu’on ne s’inquiète pas, je bois, je fume des cochonneries, et jusqu’ici, je ne suis toujours pas devenu un sale bobo de droite.

Dans la nuit

Vendredi, avril 17th, 2009

Ce soir, je devais me coucher tôt, raisonnable et fatigué. Finalement, j’ai relu un vieux livre. “L’ami retrouvé” de Fred Uhlman. J’étais collégien, il devait certainement être au programme du brevet. Un livre formidable, « un chef-d’œuvre mineur » dit Koestler dans la préface.

Tout m’est revenu, d’un coup, comme un grand trouble. Les souvenirs, les sensations. Des profondeurs de l’adolescence, un truc de dingue. C’est émouvant de se retrouver quinze ans en arrière, et de ressentir une émotion intacte. J’avais pleuré.