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Archive for the ‘casseroles’ Category

L’oreille en coin

Mardi, septembre 8th, 2009

J’ai zozotté jusqu’à l’âge de dix ans. Du vrai petit zozo sur les che et les je. Et les s. Tout le monde trouvait ça charmant, moi ça me minait. Je ne sais plus quel âge j’avais exactement mais je me souviens du jour ou je me suis rendu compte que je ne parlais pas comme tout le monde. J’en ai voulu à la terre entière de ne pas me l’avoir dit plus tôt. Je jouais souvent à m’enregistrer avec mon frère sur un magnétophone, on faisait des fausses émissions de radio et des sketches, et entendre le son de ma voix était insupportable. J’enviais le délicat déroulé de ses consonnes schsch. Je me rappelle écoutant à table toute ma famille parler, guettant même les premiers babillages de ma petite soeur. Je trouvais ça injuste d’être le seul à schsscher. Aujourd’hui mes parents s’en rappellent à peine. Mais moi je me souviens de tout.
Et puis un jour, sans y penser, je me suis rendu compte que c’était parti. Envolé le petit chschs. J’ai des souvenirs de phrases inventées avec plein de consonnes difficiles à prononcer que je répétais en boucle, de plus en plus vite, pour bien placer ma langue. Je me suis peut-être auto-orthophonisté. Ou ma langue a grandi. Et là je me suis dit, “ouais, classe, maintenant tu pourras travailler à l’oreille en coin sur France inter”.
Depuis, je suis super bon en langue. Moins en linguistique.

Le sel

Mardi, juin 9th, 2009

Le bretzel est mon ami. Depuis toujours, j’en mange de toute sorte. Des secs en boite ancel, boehli, des frais -on en trouve aussi à Paris- des mous, des durs, de tout. Ils sont un peu comme la pizza: mêmes mauvais, ils sont bons. Dans la pizza, c’est le gras qui donne le goût. Dans le bretzel, c’est le sel. Il faut qu’il y en ait trop, et là c’est bien. Ça me rappelle même pas mes origines germaniques, c’est tout sauf nostalgique, c’est bon ici et maintenant.

Le souci, c’est que pour la salubrité publique, une réglementation européenne met en place une nouvelle norme, un gramme de sel par kilo, alors que le bretzel peut en nécessiter quinze. Ce qui est une bonne idée pour le pain va tuer le bretzel. Je ne sais pas quand tout ça entrera en vigueur, mais j’ai remarqué que déjà les boites du supermarché sont presque dépourvues de sel. En tout cas bien moins qu’avant. C’est le coup de la norme. Le bien commun décidé par une réglementation qui nie la spécificité. La bretzel-compliance sans sel ça n’a aucun intérêt. C’est fade, c’est nul. Les normes me tuent. La morale, les valeurs communes. Tu parles. Être rentable, être en forme, être efficace. Ne pas manger trop salé. Être de bonne humeur. Et sans bretzel salé. Sois propre et va voter, pour la nouvelle star ou pour Cohn-Bendit, peu importe. Surtout, ne sors pas du rang.

J’aimerais m’accepter comme un bretzel trop salé, et vivre bien avec. M’en foutre, puisque c’est moi, et que ça, ça ne se négocie pas. Il faut que je tue mes normes, mes habitudes, mes scléroses. Ma routine. J’ai laissé pendant des années mes choses sensibles en plan parce que je ne voulais plus souffrir. Je me suis beaucoup intéressé à ma réussite professionnelle, parce que je voulais être indépendant et à l’abri. Et puis mes petits succès donnent l’illusion d’exister un peu. Mais cette quête-là, en fait, elle ne finit jamais. Je suis passé hier dans les bureaux de la firme pour laquelle je bosse souvent, et j’ai senti encore à quel point toutes ces réussites sont fragiles. Et qu’elles ne me remplissent pas. Longtemps, je l’ai cru. Parce que je progressais. Parce que c’est passionnant. Mais ça n’est pas suffisant. Le reste, c’est tout le reste qui me manque. La vie est ailleurs. Je ne sais pas où je vais, mais en ce moment, je comprends des choses. Un peu comme dans l’ivresse, j’ai l’impression d’avoir une clairvoyance tout en étant sonné, et d’être à un croisement. Tout à l’heure, j’ai reçu un joli message de félicitations de ma tante. Elle a rajouté avant sa signature qu’elle m’aimait. Je ne crois pas qu’elle ne me l’ait jamais dit, même si on s’aime beaucoup dans ma famille. Je ne sais pas si mes amis le sentent, mais plusieurs me l’ont dit ces dernières semaines. Hier soir encore.

J’ai tellement l’esprit occupé que je n’ai rien vu des élections. C’est une première. Je ne veux pas cracher sur le parlement européen, quoi que quand je vois sa couleur bleue libérale, il faudrait. De toute façon, je me suis loupé dimanche, je ne suis pas allé voter. J’avais un train qui m’embarquait bosser en province tôt dans la matinée. Le soir encore, au moment où ça devait caqueter sur les plateaux, j’avais l’esprit pris. Nous avons terminé à la campagne, à gouter du bon vin. Un moment, mon grand chef est arrivé et a donné les résultats. Et puis mes hôtes ont continué à discuter des problèmes d’eau dans le village: pendant quatre jours, les habitations situées en haut de la colline ont été coupées. Et le maire qui n’a rien fait, la préfecture absente pendant tout ce temps. J’aime bien passer chez eux, il y comme une légèreté, du calme, des discussions apaisées, même quand ils s’engueulent. La fois d’avant, ils avaient fait du pâté d’orties. Là il y avait du feu dans la cheminée parce que finalement il faisait un peu froid. On a mangé du canard et de la mousse au chocolat. Dommage, cette fois-ci je ne suis pas resté dormir dans leur belle maison en pierre.

Dans les prochains jours, j’espère que l’audimat sera bon. Qu’au moins, cette partie-là tienne. Et pour le reste, je veux changer. En mieux.


Pour l’ambiance, Keen Hawaii, Icke und Er, avec leur accent berlinois qui cliquette.
(Je n’ai pas besoin d’aller à Hawaï, je me plait ici)

par FourMusic

Adipo

Samedi, mai 23rd, 2009

J’ai fait une découverte étonnante: la salle de sport. C’est le dresseur de pigeon qui m’a fait passer le pas. Il va encore dire que je fais tout comme lui, mais c’est faux. C’est juste que sans ses conseils avisés, je crois pas que j’aurais dépensé un bras pour m’abonner. J’en ai déjà fréquenté quelques-unes, en touriste, ça m’avait déjà beaucoup plu. Maintenant que je suis inscrit, j’essaye de passer tous les jours, pendant la petite pause de midi. Pour l’instant, je m’y tiens, sans m’épuiser ni me brûler, et c’est très marrant.

C’est tout à fait décadent de voir tout ce monde faire du sur-place sur des instruments de torture. Absurde. Idiot. Surtout le tapis roulant, vu le beau temps du printemps, aller s’enfermer tous ensemble devant des écrans de télévision… Mais l’essentiel est ailleurs: c’est un truc de flemmard. La machine pour travailler les abdos représente tout ça: si je veux en faire chez moi, je peux, mais ça me fait mal partout. Sur le cruch-truc, tu te fais mal, mais juste en travaillant ta petite ceinture, sans t’exploser le dos ou les lombaires. C’est comme ça pour tous les exercices.

Le cirque des autres pratiquants est aussi rigolo. Les exercices d’endurances sont fréquentés pas des gens normaux, qui pédalent-courent-éllypsent en transpirant. La musculation c’est autre chose. C’est le royaume du “je-me-regarde” dans les miroirs quand je bande mes muscles. Il y en des très amusants qui prennent des pauses incroyables tout en muscles. De vraies leçons d’anatomie. Au début, c’est un peu effrayant, mais même les pitbulls sont gentils. Le sauna et le hammam sont remplis de copines plus ou moins fraiches, mais ça reste supportable.

Je suis un ancien gros. A une époque, j’ai pesé cent kilos. Ceux qui me connaissent depuis longtemps savent. Avec trente kilos en moins, aujourd’hui, les autres souvent ne me croient pas. Le gras a disparu, mais les traces sont encore dans mon esprit. Quand tu as été gros, tu restes avec tes stigmates dans la tête, même si ton corps ne s’en souvient plus. Un jour, j’ai découvert qu’on pouvait agir sur son enveloppe, et tout a découlé de ça. Le sport, l’arrêt de la clope (bon, la reprise aussi), manger mieux, s’aimer mieux. Je ne faisais pas ça pour la norme, mais je ne pouvais plus supporter de voir mon corps dépérir. Physiquement, j’avais du mal à faire certains efforts, je devenais vieux. Personne ne m’a renvoyé d’image de sale gros, mais je ne m’aimais plus. Je me suis réconcilié avec mon corps, lentement, mois après mois. Sans régime et sans trop de souffrance, juste en changeant des petites choses essentielles, j’ai remis un peu tout en ordre. En voyant mon corps comme un allié, et non plus un autre moi-même ou juste une enveloppe. Ce n’était pas moi, je ne me reconnaissais pas. Je n’avais pas comme objectif de devenir mince, je voulais juste aller mieux. Je ne donne aucune leçon à personne, les standards, la norme, je m’en fiche. La course à pied a été ma plus formidable alliée. Si on m’avait dit ça avant, j’aurais ri. Maintenant, je veux être musclé. J’en ai, des muscles, mais peu. Ils arrivent, ils poussent, ils sont là.

Qu’on ne s’inquiète pas, je bois, je fume des cochonneries, et jusqu’ici, je ne suis toujours pas devenu un sale bobo de droite.

I’m a joke

Dimanche, avril 5th, 2009

Pour l’ambiance, I’m a joke, Souchon.

Parfois, on se moque de moi. J’ai une grande aptitude aux cascades urbaines, mais il m’arrive d’avoir de la chance. J’excelle dans les tracas burlesques inattendus, mais je m’en sors toujours à la fin, comme dans la série doublée par Jacques Balutin et Francis Lax. Par exemple quand j’ai perdu sur le quai d’une gare un billet de train que le contrôleur a retrouvé, et qu’il m’a rendu au moment du contrôle, quand je lui servais ma salade “je vous jure, monsieur, j’avais un ticket, je l’ai perdu”. Le mois dernier, j’ai laissé tomber entre deux sièges mon téléphone portable dans le bus. Une heure plus tard, je suis allé le chercher au terminus, le chauffeur l’avait déposé dans sa petite cabane porte de Saint-Cloud. Ou quand un américain malin a utilisé un clone de ma carte bleue pour faire des achats dans les stations-service du Kansas et m’a siphonné tout mon compte. Je me suis retrouvé ruiné, mais la banque a tout remboursé. Ou quand je demande avec insistance une crème Séphora à Marionnaux. Ou un paquet de “camoul seples” au lieu de “Camel souples” chez le buraliste. Ou quand dans la même heure, dans le froid et en province, j’ai perdu ma carte bleue, mon bonnet et j’ai explosé par terre mon téléphone portable. Ou quand je me suis promené avec un beau jean tout neuf en ayant oublié d’enlever l’étiquette. Ou quand je parle à la chatte, que je joue avec elle, que je lui raconte des trucs idiots, que je lui chante des chansons, et qu’un de mes colocataires est là et que je me croyais seul. Ou quand j’envoie un sms “ta gueule connasse” pour rire à ma copine Chantal, et que je me trompe de Chantal.

Mais j’ai aussi des pertes. J’ai été condamné en décembre sans le savoir par le tribunal des affaires sociales pour une dette de 150 euros d’allocations logement “indument perçues” il y a deux ans, sans que j’en sache rien. Ils m’ont juste retrouvé pour m’envoyer le jugement. Cet été, j’ai explosé la dalle de mon nouveau macbook tout neuf, parce que la lanière de mon sac a cassé et l’ordi est tombé juste sur la tranche du trottoir. J’ai aussi perdu le chèque de la caution que m’avait rendu le propriétaire de mon ancien appart. Et surtout j’ai oublié que je l’avais perdu, et donc je ne l’ai jamais encaissé.

Le pire, c’est que je ne casse ou ne perds que mes affaires.
Presque jamais celles des autres. Parfois, on me prend pour un con.

Fâcheux

Samedi, janvier 10th, 2009
Pour l’ambiance, Stéréo Total:

Je suis une vraie quiche à brailler à tout le monde d’aller voir mon blog. Voilà que je ne veux plus rien raconter de la couette, parce qu’on m’y lit. Des gens que j’aime bien passent par ici. Et je n’ai pas envie de tout dire à certains. C’est ennuyeux, j’aimais bien l’idée d’avoir un endroit où écrire sans états d’âmes l’état de mon âme. Mais voilà que tout me rattrape. Tant pis pour l’égo, c’est de ma faute.

Ces derniers jours, j’ai fait deux impairs amicaux. Pour l’un, j’ai présenté mes excuses. L’autre, il faudrait que je le taise.

Mes voeux

Mardi, janvier 6th, 2009

J’avais douze ans, j’étais jeune et vert. Encore très innocent. Le monde était d’une simplicité crétine, les gentils face aux méchants. Le bon contre le mal, le mieux toujours l’ami du meilleur: un pays démocratique, des parents mitterrandiens sur le retour, la vieille main de sos racisme encore épinglée sur mon sac de collégien. On buvait du Tang. J’arrête là la description, on est pas chez Vincent Delerm ou pantashop, mais ça ressemblait à ça.

Hector était venu jouer à la maison, pour l’après-midi. J’étais encore à l’âge où on annonce à ses parents avec qui on sort, ce qu’on va faire, tout ça. Les parents veulent un peu contrôler ce qu’ils voient, et j’avais eu droit à un petit questionnaire “c’est qui ton ami qui vient passer l’après-midi?” Je l’aimais bien, parce qu’il savait très bien jongler avec un ballon de football. Il m’apprenait, on rigolait dans le jardin. Il habitait dans une tour, pas loin du Faubourg. On était dans la même classe. Effronté, un peu cabot, il arrivait à donner aux adultes tous les gages de l’enfant bien élevé. Un samedi classique, après le goûter nous sommes partis retrouver les copains sur le parking du gymnase pour continuer à jouer au “saké”. J’étais plutôt mauvais, mais un grand copain comme Hector savait m’embarquer et me faire accepter.

Quand je rentre à la maison, ma mère me félicite. Je ne comprends pas. “Mais si! Tu ne m’avais pas dit que ton copain de classe était noir, c’est très bien: si tu n’as rien dit, c’est que pour toi ça a pas d’importance!”.

Je n’avais pas compris l’intérêt de le dire, ni l’intérêt de dire l’intérêt qu’il y a à ne pas le dire. Hector n’était pas noir, il était mon copain. A l’époque, ce court épisode m’avait donné à réfléchir. Quand on parlait différence de couleur de peau, il me manquait souvent une case. Une fille de la classe disait qu’elle était raciste, mais “juste envers les Arabes”. Moi, je composais sans comprendre, c’était pas si grave, “l’Arabie” c’est loin, tant pis! Pas une seconde je ne voyais ou pensais aux “Arabes”, ici. Ceux de ma classe, ceux de ma rue. Je ne comprenais pas l’altérité de la couleur de la peau. Et je ne la comprends toujours pas. Je croyais que le racisme, c’était une affaire de nazillon dans les cimetières. Mais non, je découvrais que le raciste, ç’aurait pu être moi, puisque ma mère m’avait guetté. Le racisme, ç’aurait pu être ma mère, puisqu’elle en a fait une affaire de cette histoire de couleur de peau. Je rentrais dans le monde. Eric Zémour n’étalait pas encore ses saloperies, le ministère du racisme d’état de l’identité française n’existait pas encore.

Alors, voilà, c’est décidé, moi aussi je suis réactionnaire:

Cette année, je serais un palestinien noir transsexuel juif, avec un voile dans les fesses et un stérilet sur la tête. Au chômage. Dans le nord. Et je n’en serais ni fier, ni honteux. Par contre, gaffe, je reprends la boxe.

PS: ne viens pas chipoter pour le “ç’aurait pu”, Henriette Walter dit que l’apocopée est tolérée, puisque encore un peu utilisée, même si c’est une faute. Mieux vaut chercher les vraies fautes, il en reste.

PS2: tout ça, c’est à cause de pheel, il a provoqué cette petite remontée en me racontant un vieux souvenir.


Évidemment

Jeudi, décembre 25th, 2008

Tout avait plutôt mal commencé quand j’ai débarqué à Chatelet, deux jours avant les hostilités, pour dénicher les cadeaux. Comme des milliers d’autres blaireaux, en fin d’après-midi, j’ai eu cette idée originale d’aller chercher à la fnac les livres que je voulais offrir. L’enfer. Des envies à pousser mes semblables dans les escalators. J’ai tout fait mal et lentement. En tournant comme un poireau sans trouver les bons rayons. En abandonnant de longues minutes ma quête pour aller chercher des livres pour moi. En choisissant la file du caissier le plus mignon, comme une dizaine de tapettes bavardes (si, je suis sûr!) qui bavassaient avec lui au lieu de se presser un peu. En cherchant ridiculeusement longtemps une carte Fnac que j’avais oubliée à la maison.

Noël, donc.
Aller s’exiler quelques jours dans ma capitale provinciale, chez mes parents. Prendre un train bondé chargé comme un mulet. Arriver trop vite, comme une fleur, dans la ville de son enfance. Ouvrir grand les yeux pour voir ce qui a changé. Retrouver les parents, son frère, sa soeur, le chat. Les cousins, le jardin, la chambre d’enfant. La grand-mère. C’est chouette. Raconter sa vie, un peu, répondre aux questions, sincèrement, et écouter. Mes parents qui ne bossent plus, mamie qui est malade, les petits cousins qui grandissent. On se raconte. On s’offre des trucs. On rit. Le chat ronronne. C’est fou comme c’est bien de se laisser un peu porter par le vin. Se laisser cajoler par la dinde. De l’empathie, de l’attention. Les Yalta de famille sont rare chez nous. C’est quand je suis là que je vois qu’on s’aime. Je les aime. Bien sûr, on ne se le dit jamais.

Puis à la fin, se retrouver tout seul, la nuit, dans la vieille chambre de mon enfance. Mélancolique, je gribouille quelques lignes. C’est nul, mais Noël, j’aime.

Loin de Paris, ce soir, finalement, c’est bien.

PS: joyeux noël!