Hot pork sausage
Lundi, novembre 9th, 2009
En entendant ce matin les européens umpistes sur france inter roucouler sur la chute du mur de Berlin j’ai eu l’impression de retomber des années en arrière, quand la chute du bloc stalinien voulait dire la fin de l’histoire et les matins qui chantent sous la bonne régulation du marché, plus de famine plus de guerre plus de pauvres. Une fable pour les enfants. Le monde était libéré et une grande farandole pouvait enfin commencer. J’avais onze ans, je me souviens de mon bon copain de l’école, un allemand, qui m’expliquait que ça y était, c’en était terminé, le paradis arrivait sur la terre. Une salade que Pierre Lellouche continue aujourd’hui à servir un peu partout sur les plateaux, le pas peu fier ministre des affaires européennes, tout heureux de faire un son et lumière place de la Concorde ce soir en hommage “à nos amis allemands”. Je sais pas combien il a d’amis allemands Lelouche, mais je suis sûr que j’en ai plus que lui et que je leur rends mieux hommage que ses pétards musicaux. Lelouche est un grand expert des hommages, c’est lui qui il y a dix ans blaguait à l’assemblée en proposant de «stériliser» les pédés pendant le débat sur le pacs. Je l’entendais parler de “mémoire collective”, il a versé son tribut à la mienne.
Quelques mois après la chute du mur on était parti avec mes parents en camping-car découvrir l’est de Berlin. Déjà la traversée de la RDA avait été épique, tout était gris, j’avais l’impression d’être dans un film. Je m’en faisais dans le tête, j’étais un espion américain caché dans une famille française et j’allais sous cette couverture chercher les secrets. On se garait dans les rues avec le combi Volkswagen orange à toit ouvrant, les gens venaient regarder aux fenêtres comment ça vivait une famille française et nous demandaient pourquoi on dormait dans la rue et pas à l’hôtel. Dans mon sac de couchage, la nuit, avec ma lampe de poche, je lisais un petit livre d’histoires de gens qui avaient réussi à traverser le mur. Le jour, je m’imaginais préparer une évasion. La ville était incroyable, ces petits bouts d’histoire du vingtième siècle à respirer au coin des rues. Déjà quelques semaines après la chute du mur les marchands du temple vendaient leurs bidules un peu partout. Ça intéressait surtout les touristes et les Allemands de l’ouest. Comme aujourd’hui. Là bas, le mur, ils n’en veulent plus, même en souvenir. Un gros bout à East Side Gallery, trois tout petits à Postdamer Platz ou bien seul un petit liseré de pierre rappellent parfois la vieille cicatrice. Tout le reste, les petits fours et la musique, c’est du folklore. La promesse d’un monde meilleur était un mensonge. Lelouche fait ses pétards, Sarkozy ira faire des bises, et tout le monde se félicitera de la chute des dictatures populaires. Entre la peste et le choléra, moi, je choisis la currywurst. Et Berlin. Et cassez-vous pauvres cons.

