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Archive for the ‘dehors’ Category

Déchirures

Mercredi, septembre 9th, 2009

Un vernissage raté, un retour tardif à République, vite un métro, ligne 11, direction Châtelet, de loin dans le couloir une affiche qui sonne comme du Villéglé, je m’approche pour admirer les déchirures, une main est passée pour signer. J’aime ça les détours inattendus, un inconnu a vu la même chose. Et là c’est presque un orgasme urbain.

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Petit blanc

Samedi, juillet 4th, 2009

Mes seules certitudes ici, c’est qu’on tourne bien, et qu’on monte beaucoup. Les choses avancent, et “tout le monde est content”. Je crois que ce qu’on fabrique aura de l’allure. Et puis je suis toujours tellement heureux d’être en Afrique. Je travaille pour eux. Mon patron est noir. Les enfants, partout où je mets les pieds, me montrent du doigt d’un air curieux en disant “massala massala?”. “Le blanc”. La nuit dernière, je me suis surpris à rêver avec l’accent. Ça me rappelle le bouquin d’Ahmadou Kourouma, “Allah n’est pas obligé”, où le petit raconte qu’il parle “petit nègre”, et qu’il le parlera toute sa vie. J’aime la langue francophone d’ici, elle sonne bien. J’apprends à parler “petit blanc” dans la langue des Mossis. Et puis il y a leurs drôles de proverbes, les expressions… Les mots sont souvent justes et limpides. J’ai trouvé un réglage dans Final Cut pour éclaircir la voix, sinon, la capsule du micro rend trop les graves et ça fait vibrer la membrane des enceintes. J’avoue que j’y avais jamais pensé avant, ici le timbre est différent. Chef s’est moqué de moi quand je lui ai raconté, et il m’a conseillé de ne pas tenter de parler comme lui. Aucun risque, je me suis toujours limité à mes interprétations d’accent allemand, jurassien et québécois.

Je vis encore pour cinq jours dans la petite maison à Ouagadougou. Un quartier populaire aux routes défoncées de terre rouge. J’ai tellement bronzé que j’aurais bientôt l’air d’un marocain. Oui, bon, je me plaît à le croire. J’ai pris mes petites habitudes, je vais à vélo à la boulangerie chercher des pains au lait l’après-midi. Tout le monde me dit bonjour. Pas seulement parce que je suis le blanc du quartier, mais aussi parce qu’ici le monde se salue. Lorsque nous étions sur la route du sud, le chauffeur lançait ou répondait souvent à des appels de phares. “C’est pour se saluer”. Tellement de choses m’étonnent ici. Tout est si différent et intriguant que je ne sais même pas par quel bout commencer “pour raconter mon blabla”. Un de nos personnages nous a dit en interview: “il fait bon vivre au Burkina Faso, mais c’est dur de vivre au Burkina Faso”. La réalité est difficile, mais il n’y a pas que ça. Il y a tout le reste. J’ai vu trois morts cette semaine, rencontré des gens incroyables dans la brousse, filmé les urgences médicales d’un hôpital qui avait l’air d’avoir traversé une scène de guerre. Tué mille moustiques, serré cinq cents mains, et surtout j’écoute et je regarde. Et je filme. Et je monte. C’est tellement bien. J’ai enfin goûté aux fruits, malgré les mises en garde des guides -mais vu que j’ai vaincu ma toute petite tourista, je n’ai plus peur-.

Paris me semble tellement loin. J’aimerai prolonger un peu le voyage. Demain, après deux reports successifs, nous repartons à la campagne. La route “est cassée”. Nous finirons le chemin en pirogue, mais on m’a promis que les crocodiles étaient gentils. “Ils sont sacrés”.

La vie baga

Samedi, juin 27th, 2009

Après l’exaltation des premiers jours, je commence à être un peu fatigué. Mais pas moins heureux de faire l’éponge, d’écouter et de regarder. Des rencontres étonnantes sur une terre toute rouge. Il y a du goudron sur les axes principaux. Pour le reste, tout est à l’Africaine. Malgré “le marasme” comme on dit ici, ça fonctionne. Je continue à inspecter mes intestins et aujourd’hui les choses vont se compliquer. L’antipalu qui me broie les boyaux tous les soirs ne doit pas être totalement innocent. Je me prépare au pire. Aujourd’hui je quitte enfin mon palace décrépi pour aller habiter dans une petite maison au milieu d’un quartier sympa. C’est un soulagement. D’abord parce que j’en pouvais plus d’avoir à mon service un tas de monde pour tout, c’est assez horrible, et parce que des touristes japonais sont arrivés hier. Rajoute à ça des rougeots français chercheurs d’or, des Belges dans l’import-export, tous alcooliques et encore marqués par leur âge d’or du colonialisme, je suis très heureux de fuir dans la petite maison. J’espère avoir moins l’impression d’être dans une bulle. J’y suis passé hier, ce sera parfait. C’est spartiate, mais propre. Il y a du courant, une douche, un immense salon où je pourrais monter tranquillement, une petite cour. La chambre a une clim. Des poulets caquettent devant sur la rue en terre battue, j’aurais des voisins, bref, une base arrière bien comme il faut. Un vieux bonhomme habite là et s’occupe des petites choses courantes, et surtout de faire la conversation à l’ombre, sur son banc. De toute façon, je n’ai pas besoin de grand-chose.
Nous continuons notre immersion dans la capitale. Je ne sais pas trop où donner de la tête. Hier nous avons filmé l’aube les travailleurs du matin. Installé à un carrefour, j’y suis resté une demi-heure, j’aurais pu prolonger encore tellement tout est fascinant. Les motos, les vélos, les bus, les conversations, les ânes, les couleurs, les scènes de vie. Tout est tellement cinématographique. Et puis il a plu, une immense pluie, comme un déluge, un gros vent de poussière qui annonce l’averse, le ciel tout noir, et toute une ville qui se presse d’aller s’abriter. Ici, évidemment, c’est une bonne nouvelle, l’eau est un peu en retard cette année, et les cultures ont soif. Moi comme un blaireau je pense aux moustiques pleins de palu qui dans les jours qui viennent vont faire une orgie de mon sang. Silaf, mon guide-fixeur-collègue est un peu malade, sa malaria lui fait subir une petite fièvre. Ça ne fait pas du tout envie.
Les tournages avancent doucement, parce qu’on travaille sur un planning un peu élastique. De contre-temps en retard, les gens ont une inertie parfois étonnante. Mais mon patron d’ici est plein de ressources et d’astuces, il connaît son pays. Dans les prochains jours, nous commençons à aller à la campagne. Je ne sais pas comment tout ça va se passer, j’ai l’impression d’être parti depuis longtemps. Je n’ai jamais vécu un truc pareil, pourtant j’ai quand même déjà voyagé. Les vraies rencontres amicales sont difficiles, je reste toujours le petit blanc. Mais j’écoute, je regarde, j’essaye de comprendre. La grammaire et les codes sont différents ici. Les jours commencent à se mélanger un peu dans ma tête, j’essaie de prendre des notes. Je vais penser à faire des photos. J’ai commencé à monter quelques images, c’est vraiment chouette. Je crois que j”aime ce pays. Tout va bien.

Burkina ouaga

Jeudi, juin 25th, 2009

S’il fallait suivre toutes les recommandations de l’institut Pasteur qui m’a piqué pour me protéger de la fièvre jaune et d’autres petites saloperies, je ne sais pas comment je ferais pour voyager. Il faudrait être en pantalon et manches longues tout le temps, recouvert de pommade antimoustiques de partout parce que le paludisme te guette, ne rien manger, ne rien boire, ne pas aller au soleil. Se brosser les dents avec de l’eau en bouteille. Bref, rester sous sa moustiquaire dans la chambre d’hôtel. Ça fait moins de vingt-quatre heures que je suis arrivé et pour l’instant je survis à l’enfer sanitaire promis. Je peux même dire que je crois que je suis constipé. Ce matin j’ai pris un risque insensé: j’ai bu un café.

Qu’est-ce qu’il fait chaud ici. En sortant de l’avion, j’ai cru que j’étais dans le souffle du réacteur, mais pas du tout. Sur le tarmac j’ai bien vu que c’était la température normale. Il paraît qu’au bout de quelques jours, on s’habitue. J’ai tout le temps envie de baisser le chauffage. Silaf, mon guide-fixeur-collègue est sympa. Il sait parler allemand. C’était très drôle hier soir de déambuler dans la nuit de Ouagadougou en citant Die Lorelei. Nous n’avons pratiquement pas parlé boulot, il m’a fait visiter un peu la ville, “dîner bien cuit” par égard envers mes intestins de petit blanc. Nous avons terminé la soirée dans un studio d’enregistrement de fortune dans un endroit tout tordu plein de moustiques (j’ai peur, mais j’étais tout badigeonné de partout) où il enregistrait une chanson d’amour tout à fait typique pour l’anniversaire de sa copine. J’ai l’impression d’être dans un film, une fiction, je plane un peu. Ici, tout le monde est gentil, et tout le monde te carotte, sauf Silaf. Je commence à avoir des repères pour éviter de trop me faire piller, mais la différence est telle avec les francs CFA que même au pire, ce n’est jamais très grave. Hier, Antoine, le petit revendeur qui est allé me chercher un paquet d’Hamilton -les cigarettes à la mode ici- m’a carrément arnaqué, en me faisant payer mon paquet l’équivalent de deux euros. Je trouve ça normal. Comme une redistribution de richesses. La prochaine fois, j’attendrais d’être avec Silaf.

Tout ça pour dire que de Ouagadougou, j’ai encore rien vu, à part notre petite sortie nocturne d’hier soir. J’ai un peu peur de sortir tout seul ce matin, dans la foule, la chaleur, tout ça. Là j’attends que Silaf vienne me chercher pour notre réunion de planning avec le chef.  Il a dit “rendez-vous à dix heures”. A Paris, Motard m’avait prévenu: en Afrique, il faut prendre son temps. Si tu as rendez-vous “demain à dix heures”, ça ne veut pas dire “à dix heures”, mais juste “à partir de dix heures”. Alors j’attends. Je bavarde avec toute l’Afrique de l’Ouest qui passe dans le hall climatisé de l’hôtel. Ma chambre est décrépie, tout est décrépi et décadent. Il y a des gros lézards partout qui se balancent et gambadent. J’apprends à dire “merci”, “bonjour” et “au revoir” en Moré. Je me laisse porter par la moiteur: il paraît que ce soir il va pleuvoir, mais la saison des pluies est vraiment en retard alors je n’y crois pas. Je crois que je vais aller tester l’eau de la piscine. Tout va bien.

Le sel

Mardi, juin 9th, 2009

Le bretzel est mon ami. Depuis toujours, j’en mange de toute sorte. Des secs en boite ancel, boehli, des frais -on en trouve aussi à Paris- des mous, des durs, de tout. Ils sont un peu comme la pizza: mêmes mauvais, ils sont bons. Dans la pizza, c’est le gras qui donne le goût. Dans le bretzel, c’est le sel. Il faut qu’il y en ait trop, et là c’est bien. Ça me rappelle même pas mes origines germaniques, c’est tout sauf nostalgique, c’est bon ici et maintenant.

Le souci, c’est que pour la salubrité publique, une réglementation européenne met en place une nouvelle norme, un gramme de sel par kilo, alors que le bretzel peut en nécessiter quinze. Ce qui est une bonne idée pour le pain va tuer le bretzel. Je ne sais pas quand tout ça entrera en vigueur, mais j’ai remarqué que déjà les boites du supermarché sont presque dépourvues de sel. En tout cas bien moins qu’avant. C’est le coup de la norme. Le bien commun décidé par une réglementation qui nie la spécificité. La bretzel-compliance sans sel ça n’a aucun intérêt. C’est fade, c’est nul. Les normes me tuent. La morale, les valeurs communes. Tu parles. Être rentable, être en forme, être efficace. Ne pas manger trop salé. Être de bonne humeur. Et sans bretzel salé. Sois propre et va voter, pour la nouvelle star ou pour Cohn-Bendit, peu importe. Surtout, ne sors pas du rang.

J’aimerais m’accepter comme un bretzel trop salé, et vivre bien avec. M’en foutre, puisque c’est moi, et que ça, ça ne se négocie pas. Il faut que je tue mes normes, mes habitudes, mes scléroses. Ma routine. J’ai laissé pendant des années mes choses sensibles en plan parce que je ne voulais plus souffrir. Je me suis beaucoup intéressé à ma réussite professionnelle, parce que je voulais être indépendant et à l’abri. Et puis mes petits succès donnent l’illusion d’exister un peu. Mais cette quête-là, en fait, elle ne finit jamais. Je suis passé hier dans les bureaux de la firme pour laquelle je bosse souvent, et j’ai senti encore à quel point toutes ces réussites sont fragiles. Et qu’elles ne me remplissent pas. Longtemps, je l’ai cru. Parce que je progressais. Parce que c’est passionnant. Mais ça n’est pas suffisant. Le reste, c’est tout le reste qui me manque. La vie est ailleurs. Je ne sais pas où je vais, mais en ce moment, je comprends des choses. Un peu comme dans l’ivresse, j’ai l’impression d’avoir une clairvoyance tout en étant sonné, et d’être à un croisement. Tout à l’heure, j’ai reçu un joli message de félicitations de ma tante. Elle a rajouté avant sa signature qu’elle m’aimait. Je ne crois pas qu’elle ne me l’ait jamais dit, même si on s’aime beaucoup dans ma famille. Je ne sais pas si mes amis le sentent, mais plusieurs me l’ont dit ces dernières semaines. Hier soir encore.

J’ai tellement l’esprit occupé que je n’ai rien vu des élections. C’est une première. Je ne veux pas cracher sur le parlement européen, quoi que quand je vois sa couleur bleue libérale, il faudrait. De toute façon, je me suis loupé dimanche, je ne suis pas allé voter. J’avais un train qui m’embarquait bosser en province tôt dans la matinée. Le soir encore, au moment où ça devait caqueter sur les plateaux, j’avais l’esprit pris. Nous avons terminé à la campagne, à gouter du bon vin. Un moment, mon grand chef est arrivé et a donné les résultats. Et puis mes hôtes ont continué à discuter des problèmes d’eau dans le village: pendant quatre jours, les habitations situées en haut de la colline ont été coupées. Et le maire qui n’a rien fait, la préfecture absente pendant tout ce temps. J’aime bien passer chez eux, il y comme une légèreté, du calme, des discussions apaisées, même quand ils s’engueulent. La fois d’avant, ils avaient fait du pâté d’orties. Là il y avait du feu dans la cheminée parce que finalement il faisait un peu froid. On a mangé du canard et de la mousse au chocolat. Dommage, cette fois-ci je ne suis pas resté dormir dans leur belle maison en pierre.

Dans les prochains jours, j’espère que l’audimat sera bon. Qu’au moins, cette partie-là tienne. Et pour le reste, je veux changer. En mieux.


Pour l’ambiance, Keen Hawaii, Icke und Er, avec leur accent berlinois qui cliquette.
(Je n’ai pas besoin d’aller à Hawaï, je me plait ici)

par FourMusic

Ephéméride du dimanche

Dimanche, mai 24th, 2009

En fait, je crois que les Bains-Douches sont un peu une salle polyvalente où on danse en débardeur. A la Java, la chemise bucheron est reine, à chaque lieu sa tenue désuète. Quoique vu la température des Bains, on pourrait y venir danser en bonnet. C’est vrai que hier soir, on est arrivé tôt, mais quand même. On est allé avec Léto fêter l’anniversaire de Romain dans son petit appartement du Ve, avec ses amis très rigolos avant de filer danser. Un peu bu, beaucoup ri. Le héros du soir a eu le blues des vingt-quatre ans dans la nuit. Mais son caleçon d’anniversaire lui allait parfaitement bien.

Aujourd’hui, alors que le monde entier dort ou cuit au soleil, je bosse. Je suis à la bourre, ça n’est pas encore la panique. Mais elle viendra. “Je mets les bouchées doubles pour ne pas me faire enguirlander”. Ces derniers jours, j’ai réunionné en province, écouté Lauter et son batteur Roméo au Divan du Monde, mangé des canapés sponsorisés de la Blogothèque, jeté mille brouillons que finalement j’ai bien fait de relire sinon je serais encore plus dépassé. Cette semaine, je lance pour de bon le gros bazar qui va m’occuper jusqu’en décembre, je vais aussi filmer les essais d’une comédienne-formidable-mais-chut-c’est-un-projet-secret-ne-le-dis-à-personne. Et je ne vais plus sortir, juste travailler, et faire mon sport du midi. Mes colocataires ne sont pas là. La chatte me tient compagnie. L’air est doux, ça me met vraiment de bonne humeur. L’été me rend niais.

Aux innocents les mains sales

Jeudi, avril 2nd, 2009

Il peuvent vous pourrir tout le voyage tellement ils sont efficaces. Les pires, ce sont les commerciaux. Tôt ce matin, sur le quai de la gare de Lyon, je les vois arriver avec leurs cravates pastel. Ils sont là, tout près de moi, à brailler. Saloperie de compartiments ouverts, les carrés, deux fois quatre places. Le huis clos s’annonce. Dès le départ, je sais que ça va être l’enfer. Ils sont trois mecs, la petite cinquantaine, et une pauvre nénette en tailleur qui rit à leurs traits d’esprit. L’un a dû être relooké il y pas longtemps, il porte une barbe grisonnante et des lunettes vertes desquelles on a dû lui dire “ça vous donne un air jeune” et un costume bâillant qui lui aussi a dû faire jeune lorsque que son titulaire l’était encore. Ils lisent l’Équipe et 20 minutes, les pages saumon du Figaro. Ils ont de gros portables Dell pourris, des Blackerry, des mocassins aux pieds. Parlent fort. Tous les clichés, comme de mauvais personnages de fiction. Dans le wagon d’à côté, Sliimy le-slim-qui-chante et son guitariste à chapeau prennent eux aussi le train. Évidemment, les cravates pastel, elles sont pour moi, et sliimy non.

“C’est le problème avec ces grèves et ces conflits à répétition, c’est que les gens savent que ça marche, alors ils prennent en otage leur patron. La vérité, c’est qu’ils ne veulent plus travailler. Les Français ne veulent plus travailler”. Ce gros gras raconte n’importe quoi, pourvu que ce soit de droite. Il parle des salariés de Caterpillar qui ont gardé enfermé dans les bureaux leur DRH ou je sais plus qui cette nuit, parce qu’il met 700 personnes à la porte. Ils bavassent, et enfilent les perles, on dirait un croisement entre Lefevre et Madelin et avec une petite touche de Morano. Un moment, nénette-en-tailleur tente naïvement une saillie, disant “ouiii mais quand même il y a du chômage”, peine perdue, elle est  tout de suite remise à sa place. J’aimerais leur claquer leur bec dans la porte, ou les doigts sous une règle. Leur taper sur le nez. Qu’ils se taisent. Mais comme je ne suis pas courageux de la gueulante avec les inconnus, je me mets de la musique dans les oreilles et j’essaie de dormir un peu. Mais ils parlent tellement fort que j’échoue dans mes tentatives d’échouage. “J’ai les oreilles qui frisent”.

C’est quand l’un d’eux a commencé à parler de mariage, et qu’ils se sont dit “ce sont les femmes qui coûtent cher lorsqu’on divorce” que j’ai pris sur moi de leur dire de fermer leur bouche. Là ça devenait vraiment plus possible. Ils se sont presque tû, mais pas longtemps. Heureusement, le TGV, ça va vite. Claude Chabrol, notre héros, il y a quelques années, disait d’Alain Juppé: il faudrait l’humilier un peu comme il nous humilie tous. Plutôt que de le faire condamner à une fausse peine pour les abus de bien sociaux, je propose la fessée en place publique, cul nu.

Que les virés de Caterpilar s’en inspirent. Et moi, promis, la prochaine fois, je fesse les cravates baveuses. Claude, attends-moi, j’arrive.

Le ton fait la musique

Mardi, mars 24th, 2009

Dijon est la seule ville que je connaisse où un mauvais chausson aux pommes peut coûter 1€30. Et où, avec un nez pas mouché prêt à éclater, à la question “vous pouvez me donner aussi une serviette en papier? ” la très vilaine boulangère en tablier fleuri vous répond “non, les serviettes en papier ne sont comprises qu’avec les pâtisseries à 2€”. J’aurais bien aimé savoir me moucher comme un footballeur. Et tout lui balancer sur son étal.

Pour changer d’air, “In this lonely town”, Jeremy Jay