Fais-moi mal
Mardi, décembre 15th, 2009
D’avance, on sait que ce sera un calvaire, d’avance, on pourra être solidaire de ceux qui habiteront dans la rue qui portera son nom, la place, le lotissement. L’éponyme aura fait son chemin. Il deviendra un nom commun. Il est déjà tout en plastique. Bernadette aura son petit fauteuil à Notre-Dame et la cérémonie sera retransmise en direct sur la une et la deux. Et la six peut-être, maintenant qu’ils jouent à faire de l’info chaude. Et la maison de disque resortira une intégrale remasterisée. D’ailleurs, même s’il dure encore quelques semaines, elle sortira dès janvier. Si on devait en retenir un seul de ces colliers de nouilles, ce sera la beatnik. Le reste, je vous le laisse. ”Jésus-Christ est un hippie”:
Il y a des gens qu’on aurait aimé ne plus connaître, ne pas voir ce qu’ils sont devenus, ce qu’ils ont perdu, ceux qu’ils ont trahi. J’ai aucune tendresse pour Johnny mais j’en avais beaucoup pour Renaud. Enfant, c’était ma partie. Sur la route des vacances mon frère saoulait tout le monde avec les Pogues et moi je dégainais les cassettes à clous dans la renault 19 chamade. Généralement, nos parents nous disaient de fermer nos bouches et on avait droit à Brassens et Les Haricots rouges (un groupe de fanfarons dont j’ai plus jamais entendu parler). Renaud, je lui avais écrit, il m’avait répondu, j’avais accroché sa lettre au-dessus de mon lit. Plus tard, je l’ai cachée parce que tout le monde se foutait de ma gueule. Et puis il a disparu dans sa vie, moi j’ai continué la mienne. J’étais tout fier quelques années plus tard quand j’étais petit localier dans la presse du groupe Hersant et que j’allais écrire mon article sur son come-back. Renaud de retour, Renaud en concert. J’avais réussi à inviter des copains. J’étais fier de moi, de lui, de nous, ça allait être la communion et demain ce sera écrit dans le journal.
Finalement non, il arrivait pas à accrocher une seule note. Et j’ai rien écrit tellement c’était mauvais. C’était avant le pute Manhattan Kaboul, avant qu’il aille sur le canapé de Drucker raconter son alcoolisme et son je-je-moi et sa nouvelle compile et que le droit d’auteur c’est sacré et qu’il faut sauver la création musicale de Lui et Pascal Obispo. Là j’ai compris que j’avais grandi, Renaud c’était les souvenirs, comme Henry Dès et Indochine. Pas la peine de pleurer, il était déjà un peu comme ça avant mais j’avais pas les bons yeux. En même temps, on peut mourir à temps et se faire assassiner plus tard, comme Coluche, qui est devenu aujourd’hui le pin’s des petits marquis et de la ronde du spectacle. Le système l’a mangé mais lui il n’est plus là pour se défendre, il n’a plus que ses ayants-droits. Tout ça a rien à voir avec Johnny finalement. De toute façon, le seul Johnny qui vaille, c’est Johnny Cash.