
J’ai fait une découverte étonnante: la salle de sport. C’est le dresseur de pigeon qui m’a fait passer le pas. Il va encore dire que je fais tout comme lui, mais c’est faux. C’est juste que sans ses conseils avisés, je crois pas que j’aurais dépensé un bras pour m’abonner. J’en ai déjà fréquenté quelques-unes, en touriste, ça m’avait déjà beaucoup plu. Maintenant que je suis inscrit, j’essaye de passer tous les jours, pendant la petite pause de midi. Pour l’instant, je m’y tiens, sans m’épuiser ni me brûler, et c’est très marrant.
C’est tout à fait décadent de voir tout ce monde faire du sur-place sur des instruments de torture. Absurde. Idiot. Surtout le tapis roulant, vu le beau temps du printemps, aller s’enfermer tous ensemble devant des écrans de télévision… Mais l’essentiel est ailleurs: c’est un truc de flemmard. La machine pour travailler les abdos représente tout ça: si je veux en faire chez moi, je peux, mais ça me fait mal partout. Sur le cruch-truc, tu te fais mal, mais juste en travaillant ta petite ceinture, sans t’exploser le dos ou les lombaires. C’est comme ça pour tous les exercices.
Le cirque des autres pratiquants est aussi rigolo. Les exercices d’endurances sont fréquentés pas des gens normaux, qui pédalent-courent-éllypsent en transpirant. La musculation c’est autre chose. C’est le royaume du “je-me-regarde” dans les miroirs quand je bande mes muscles. Il y en des très amusants qui prennent des pauses incroyables tout en muscles. De vraies leçons d’anatomie. Au début, c’est un peu effrayant, mais même les pitbulls sont gentils. Le sauna et le hammam sont remplis de copines plus ou moins fraiches, mais ça reste supportable.
Je suis un ancien gros. A une époque, j’ai pesé cent kilos. Ceux qui me connaissent depuis longtemps savent. Avec trente kilos en moins, aujourd’hui, les autres souvent ne me croient pas. Le gras a disparu, mais les traces sont encore dans mon esprit. Quand tu as été gros, tu restes avec tes stigmates dans la tête, même si ton corps ne s’en souvient plus. Un jour, j’ai découvert qu’on pouvait agir sur son enveloppe, et tout a découlé de ça. Le sport, l’arrêt de la clope (bon, la reprise aussi), manger mieux, s’aimer mieux. Je ne faisais pas ça pour la norme, mais je ne pouvais plus supporter de voir mon corps dépérir. Physiquement, j’avais du mal à faire certains efforts, je devenais vieux. Personne ne m’a renvoyé d’image de sale gros, mais je ne m’aimais plus. Je me suis réconcilié avec mon corps, lentement, mois après mois. Sans régime et sans trop de souffrance, juste en changeant des petites choses essentielles, j’ai remis un peu tout en ordre. En voyant mon corps comme un allié, et non plus un autre moi-même ou juste une enveloppe. Ce n’était pas moi, je ne me reconnaissais pas. Je n’avais pas comme objectif de devenir mince, je voulais juste aller mieux. Je ne donne aucune leçon à personne, les standards, la norme, je m’en fiche. La course à pied a été ma plus formidable alliée. Si on m’avait dit ça avant, j’aurais ri. Maintenant, je veux être musclé. J’en ai, des muscles, mais peu. Ils arrivent, ils poussent, ils sont là.
Qu’on ne s’inquiète pas, je bois, je fume des cochonneries, et jusqu’ici, je ne suis toujours pas devenu un sale bobo de droite.