Salut les copines
février 21st, 2013

































Un tournage chez les dieux du stade, du jardinage, des chemises à un euro. Une escapade tous les deux à la mer. Le sel, les galets, les moules. Une vieille copine, dormir dans un ancien salon de coiffure. “C’est très arty ici”. Un petit livre, des photos, des visages, des légendes. Des pliages, un vernissage. Couscous gratuit dans une gargote improbable près des beaux-arts. Un ami qui quitte Paris et qui va me manquer. Un autre vieil ami qui se débranche, “il a choisi son moment”, un enterrement de loin. Une machine à laver réparée. Une émission qui se vaporise, remplacée par une autre. Les chaises musicales à la firme. Mon documentaire qui avance, doucement. Un été qui s’annonce chargé. Penser à s’échapper un peu. Profiter de Paris bientôt déserté. Je veux tout, la mer, mon tournage, Paris, la campagne.
Le poussin est parti depuis une semaine chez ses parents loin d’ici. La nuit, parfois, de la main, je le cherche dans le lit. On était tellement enlacés ces derniers temps. Un peu d’air me fait du bien, mais il me manque. Parfois je tambourine, je trépigne. Je lui pète un peu les couilles. Lui aussi. Maladresse contre maladresse, on s’accroche. Et puis on s’explique. Je suis souvent bancal, lui aussi, chacun à sa manière.
Je le comprends mieux, mais pas toujours. Sur moi je deviens plus lucide. Ce que j’attends de nous, de moi, tout ça. Alors je me frotte les yeux, et je vois bien que ça roule. Que je suis heureux de le connaitre, que c’est bon, animal, lyrique, terre-à-terre, aérien, beau, chèvre, mièvre et puissant. Je vois aussi ce qu’il n’arrive pas à donner, de près comme de loin. Là je profite de ma solitude. J’ai hâte de le retrouver.


Il flotte dans le fond de l’air un truc bandant et émouvant. Avec lui je me sens heureux et tout nu. J’ai parfois du mal à y croire, autant en lui qu’en moi, mais on avance, ensemble, doucement. Lui aussi a ses casseroles, et on fait tinter le tintamarre. On s’est bien pris la tête, ça c’est fait, mais tout le reste aussi, et plus ça avance plus c’est bien et joli. Le poussin, le garçon formidable qui a presque plus d’épis que moi sur la tête. Le premier baiser, la première nuit chez moi, la première nuit chez lui, le premier mois, les rendez-vous dans la nuit, les balades improbables, les rendez-vous dans les gares quand je pars, quand il revient, toujours beaucoup de sexe, et on cherche encore, la première dispute, la confiance qui se construit, le quatrième mois. J’y suis, lui aussi. Il est beau, sensible, danse merveilleusement bien. Il a plein de défauts que j’aime beaucoup. Et puis il aime des choses étonnantes que je ne comprends pas toujours. C’est juste très banal, juste deux personnes qui se rencontrent, mais putain c’est chouette de tomber amoureux. Je ne m’en souvenais plus. C’est tout simple, c’est pas facile non plus, ça remue. L’engagement, où en est-il lui, où en suis-je moi, la peur de se bruler, la peur de faire confiance est mauvaise conseillère. La patience, l’impatience, se laisser aller, y aller, être vivant. Tant mieux et tant pis. Tomber. Amoureux.
Enivrez-Vous
Il faut être toujours ivre.
Tout est là:
c’est l’unique question.
Pour ne pas sentir
l’horrible fardeau du temps
qui brise vos épaules
et vous penche vers la terre,
il faut vous enivrer sans trêve.
Mais de quoi?
De vin, de poésie, ou de vertu, à votre guise.
Mais enivrez-vous.
Et si quelquefois,
sur les marches d’un palais,
sur l’herbe verte d’un fossé,
dans la solitude morne de votre chambre,
vous vous réveillez,
l’ivresse déjà diminuée ou disparue,
demandez au vent,
à la vague,
à l’étoile,
à l’oiseau,
à l’horloge,
à tout ce qui fuit,
à tout ce qui gémit,
à tout ce qui roule,
à tout ce qui chante,
à tout ce qui parle,
demandez quelle heure il est;
et le vent,
la vague,
l’étoile,
l’oiseau,
l’horloge,
vous répondront:
“Il est l’heure de s’enivrer!
Pour n’être pas les esclaves martyrisés du Temps,
enivrez-vous;
enivrez-vous sans cesse!
De vin, de poésie ou de vertu, à votre guise.”